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Comment faire son deuil?

Travail de deuil, un dépassement de soi

Travail de deuil

 

Qu'entend t-on par cette expression "faire son deuil"? Est-ce un travail?

 

Il s'agit d'un processus par lequel un individu passe lorsque celui-ci est confronté à la perte d'un être cher, ou à la disparition d'une situation.

Lorsque l'on ressent un fort sentiment d'abandon à la suite d'une séparation, un état de tristesse qui peut aller d'un simple chagrin au plus profond désespoir et qui peut conduire à une dépression, via la mélancolie,  si cette phase dure trop longtemps, alors on parle de pathologie du deuil. Un soutien psychologique permet de se sortir de ce blocage, parfois total, de l'affect et de l'energie. Grande fatigue, irritabilité, désintérêt pour tout ce qui plaisait"avant" la perte.

Cette problématique est sûrement beaucoup plus difficile de nos jours, dans la mesure où nos contemporains vivent souvent dans l'isolement;  famille éparpillée aux quatre coin de France ou du monde, famille réduite, monoparentale, rites mortuaires raccourcis, parfois réduits au plus simple.

C'est ainsi que nous décrirons les processus psychiques qui adviennent lorsqu'une personne doit faire un choix. Le choix implique la notion d'abandon; en effet, si entre A et B, je choisis B, alors je dois renoncer à A! Un choix est souvent source d'angoisses.

Ce renoncement peut engendrer un grand inconfort, voire même un état de panique. Et cet état de panique sera généralement accompagné de pensées obsédantes, de ruminations.

 Le Deuil est impossible sans souffrance, ni douleur. Le chagrin est souvent considéré comme un état inacceptable dans une société où tout doit aller bien et où tout doit être réglé vite et sans stress!

C'est un passage inévitable.

Mais parfois le processus est trop long, comme bloqué, et tend vers la mélancolie, ce qui lamine toute l’énergie de l’individu. La consultation d'un psy peut aider à alléger et racourcir l'intensité et la durée du deuil.

Tout ce qui suit est destiné aux élèves psychanalystes et représente un fragment de théorie de la psychopathologie du deuil abordée en cours.

Le processus de deuil s'effectue selon plusieurs étapes:

Tout d'abord, rappelons que le deuil trouve une échappatoire dans l’entre deux, c'est à dire, n'importe quoi plutôt  que la douleur et seulement l’évitement du plaisir. L’individu ne ressent rien :si ce n'est que l'absence et le vide, en fait seulement un non ressenti. Tout ce "rien" demande l’utilisation de nombreux mécanismes de défense.Des protections inconscientes.

Le travail de deuil est en relation avec la perte de l’objet, il appartient à la réalité. Il y a un avant et un aprèsle processus de deuil. Une idée de la perte de l’objet et l’idée du deuil à venir.

C’est le processus qui coûte le plus d’énergie et d’éléments pulsionnels ; un combat Eros/ Thanatos.Une guerre entre la pulsion de vie donc et la pulsion de mort .

L'alternance entre le plaisir et le déplaisir n'est plus fluide. La douleur nécessite un étalonnage, il faut une motivation pour faire un travail de deuil. L’intensité dans le temps va jouer en faveur du dépassement de la douleur ou non. Il faut une idée d'un possible, la motivation d’un ailleurs sur laquelle tous les psychanalystes vont travailler.

Une certaine intensité qui peut être contenue, mais qui, exprimée et diluée dans le temps, sera cet élément important du deuil; l’individu doit s’y préparer à l’avance.

La pulsion de mort s’y exprime sous toutes ses formes : pulsion d’agression, d’auto agression et pulsion de mort brute.

Ou trouver l’équivalent de cette intensité dans sa forme et sa puissance ?

Dans le processus d’attachement.

Pas d’attachement si pas de capacité au processus de deuil et vice versa.

L’attachement dans la première partie de la vie, est un signe d’auto conservation, de survie. C'est le signe de la pulsion de vie. L'expérience de l'absence de la "mère" ou de la personne maternante, va permettre au bébé d'élaborer, de fantasmer, et de "gérer" la frustration. Par ce mécanisme de défense, l’enfant doit faire le deuil de ce qu’il quitte. Il y a donc un état de pré deuil dans la "dé-fusion" au bon objet, le bon sein, la bonne mère.

Un ressenti d’abandon est alors contacté, l'expérimentation du défaut, d'un manque, représente une peur archaïque, et aussi le début d'une imprégnation de l'attachement au premier objet: la mère. Le bébé est ainsi déjà sûr quelque chose  a été, et  a été perdu. Il a conscience que quelque chose a existé ,mais ne le peut plus. Ce qui est une première expérience de frustration, qui conduit à une souffrance, provenant d’une douleur avérée, ressentie au niveau du corps (la faim, le froid, l'envie d'être bercé).

D’où l’existence d’une pré conscience de l’état de plaisir et de deuil de l’attachement ou du processus de détachement.

Nous parlerons alors d'une phase de régulation du deuil dans le temps, le temps nécessaire et propre à chacun, en fonction de son histoire et de sa sensibilité. L’idée d’un élément de plaisir à atteindre après, ainsi qu'un élément d’évitement du déplaisir sera l'objet d'un réengagement de la libido.

Relire « Deuil et  Mélancolie » de Freud, 1915 dans lequel, Freud décrit ce processus et permet de comprendre pourquoi nous assistons parfois à une "usure" du Moi, un effondrement réel, voire un morcellement psychique de type psychotique avec exclusion de la réalité et construction d'une capsule autistique; qui peut provenir soit de la durée pathologique du mécanisme, soit de son intensité.

La problématique de la Temporalité sera toujours présente dans le cadre d'un deuil pathologique.

La mécanique libidinale est alorsfigéedans le temps.

 

Les Pathologies du deuil

 

1/ L’individu fait un deuil dans une si grandeintensité qu’il n’a pas de régulateur par rapport à l’objet perdu, cela mène à la notion de Traumatisme. Nous pouvons même constaté un "trou matisme", le moi est scotomisé, il y a une zone d'ombre dans le récit de vie qui aura pour bénéfice le maintient dans le refoulé de toute l'intensité du traumatisme, certes mais qui utilise le même frayage d"énergie dans l'appareil psychique que le déni et qui épuise l’énergie psychique.

2/ L’intensité n’est pas en elle-même déterminante, mais la temporalité semble infinie.C'est à dire que la quantité d’énergie chez un individu ne peut pas être brûlée en permanence : alors le temps s’est arrêté. Un fantasme très grand lui fait croire qu’il est en incapacité de perdre l’objet et qu’en même temps l’objet a disparu. Il s'agit du déni : je ne crois pas que l’objet a disparu, donc il faut faire de lui quelque chose de présent, c'est un refus de l’absence de l’objet par l’espace.

 

Ex : L'instant suspendu dans le temps où l’individu qui nous quitte est encore présent, au travers d’un parfum sur un drap, d’un objet le représentant, d’un ressenti exacerbé, sensuel de la présence du corps. Il a la certitude que l’objet reviendra : Nous pouvons nous souvenir du Jeu de la bobine, le for/da. Qui permet à l'enfant de dépasser ses peurs d'abandon.  Nous n’avons pas perdu l’individu, il s’est «  absenté », ce mécanisme est utilisé pour refuser l’absence de quelqu'un dans l’espace. «  Il sera toujours dans nos cœur ! ».

Ainsi voit -on s'exprimer un refoulement de la perte et ce mécanisme de défense qui permet une représentation dans l’espace de l’objet en fonction de son absence. La séquence absence/ présence de l’objet n’est ni pathologie, ni normalité.

La place tenu par la temporalité dans le processus de deuil est évidemment essentielle.

L’objet est parti, il fait place à l'apparition de mélancolie qui "remplit » le vide laissé par l'objet disparu.L’individu qui semble commencer un travail de deuil sans pouvoir le terminer, il s’y épuise sur un plan économique et va ainsi mourir lui aussi, mais d’une lente agonie ! Le temps s’est figé. Ce mécanisme est négatif et privatif, il fait un compromis avec le temps qu’il va arrêter juste après la perte; i s’agit d’une chronopathie. Il doit en effet absorber tous les jours le temps qui passe pour maintenir l’arrêt du temps : ce qui est extrêmement énergivore.

 

En résumé :

1/Arrêt du temps

2/Absorption du temps qui passe, déni des jours qui passent afin de rester proche de l’objet perdu.

Coupure et subductiondu temps.

Négociation qui ne peut pas être totale, la société peut indiquer la présence de l’autre via la reconnaissance d' un jour des morts, la Toussaint, ce qui est bien un processus collectif de régulation permettant de traverser le deuil; Souvenir/nostalgie/ crise de larmes, l’idée d’un temps retrouvé, le présent d’un souvenir qui s’exacerbe alors qu’il appartient au passé.

Nous rappelons ici l'importance du souvenir écran, qui permet à l'inconscient de décharger une partie des pulsions sur un "écran", signe que le refoulé est opératoire. Le souvenir retrouvé, sublimé telle la madeleine de Proust, il s'agit souvent d'un souvenir davantage sensoriel que spatial ou temporel. L'individu se souvient d'avoir ressenti quelque chose, c'est une impression qu'il ne peut ni dater, ni vraiment nommé.

 

Le deuil prend en compte le fait que la castration nécessite de réaménager la réalité. On n’en guérit pas, s’est inclus dans notre identité et lié au manque, c'est ce qui nous propulse dans l’avenir. On liquide le complexe de castration mais on ne liquide pas la castration.

 

Le complexe de castration fut découvert par S. Freud. Dans sa théorie sexuelle infantile, le principe posé d’un pénis attribué à tous les êtres humains amène l’enfant à expliquer la différence anatomique des sexes par la castration. De la crainte inconsciente qu’il éprouve alors qu’il découvre cette différence naît le complexe de castration qui va se traduire en représentations inconscientes chargées d’affect.

Après la phase phallique naît une angoisse de castration chez le petit garçon parce qu’il imagine que son désir pour sa mère risque d’entraîner la perte du pénis suite à la menace de castration de la part du rival (le père). Cette crainte de la castration imaginaire met fin au complexe d’Œdipe du garçon.

Si la menace du père est, pour le garçon, à l’origine de l’angoisse de castration, il n’en est pas de même pour la fille qui ne se vit pas comme un être châtré par le père, mais qui éprouve plutôt de la rancune pour sa mère qui l’a privée du pénis. Ainsi, le complexe de castration met fin à l’Œdipe du garçon alors qu’il marque le début de celui de la fille, avec le désir du pénis paternel, puis celui d’un enfant qu’il lui ferait (équivalent symbolique du pénis.)

Dans la théorie fondamentale de l’Œdipe, le complexe de castration est une étape nécessaire à la structuration psychique de l’individu, il indique" l’interdiction de la jouissance qui satisfait au principe même de la Loi. » Nous entendons ici la loi de l'interdit de l'inceste posée par le père.

La bonne castration est celle qui structure: on peut rencontrer la réalité et intervenir sur cette réalité, dépasser le conflit et la perte.

Si le conflit est si important, l’individu y perd beaucoup d’énergie et cette énergie perdue ne pourra plus se réengager plus tard.. Un élément peut être construit en plus, mais pas à la place, par exemple : le tabou de l’inceste.. Une frustration peut être temporaire et on peut la remplacer par un substitut avec la même valeur. Tous ces processus de castration représentés par la perte et le deuil s’enclenchent immédiatement lorsque l’individu est en capacité à symboliser, il sait réguler les principes de plaisir et de réalité .

Ce qui signifie de choisir de prendre un substitut pour continuer à accepter  de vivre, malgré cette perte sans retour possible. Le substitut étant un ailleurs possible, un projet, un avenir.

 

Dans un processus de deuil, l'individu va passer par un certains nombres d'étapes qui ne seront pas linéaires, il ne va pas être dans le déni, puis en colère, selon un ordre codifié, mais va alterner et osciller entre ces différentes phases, à savoir:

 

le refus : le déni de la réalité.

la colère

la dépression

la régression

la fin du deuil

 

Dans tous les cas, faire des deuils est le lot quotidien de l'adulte, il est nécessaire d'accepter sa propre mort comme destin inéluctable, c'est toute la question de la finitude à laquelle l'être humain est confronté.

Globalement, le deuil réactive d'anciens deuils  non assimilés, parfois même le complexe de castration initial, ce qui rend le travail de deuil plus difficile à accomplir, voire impossible, c'est ce que nous appelons le deuil pathologique.

Avancer c’est se mettre en danger, cela est lié à la temporalité, donc au vieillissement. Jeune, les possibilités sont très larges, toutes les voies s’ouvrent. Au plus on est vieux, au fur et à mesure des deuils que l’on a fait, ce que nous sommes en moins par rapport à ce que nous étions plus jeunes est accepté. Accepter tout ce qui n’est pas, et ne sera plus jamais.

Donc, le processus du deuil met en place l’addition de l’état adulte avec les éléments de la réalité (les traumatismes tout au long de la vie) et prédétermine d’avance ce à quoi il doit renoncer dans le

le travail de deuil.

 

Le processus méthodologique qui mène à un processus de deuil est donc l'accès à la symbolisation.

Souvenons nous du "je" qui  se bâtit sur le "jeu "(le jeu de la bobine).

L'acceptation progressive au cours des expériences du travail de deuil  ou le phénomène d’après coup seront gage de resorbtion progressive du chagrin.

Le deuil d’après coup pour celui qui s’y est préparé longtemps, mais n’a pas fait le travail de deuil s’observe dans les psychonévroses, névroses actuelles, ou névroses phobiques. L immaturité et les difficultés à accepter que les choses changent tendent à rendre le processus de deuil pathologique.Cependant,l' individu change, il vieillit,  il évolue !

Si l’individu a su se maintenir, il y a eu un travail, une évolution.

Or, il y a  des pathologies mixtes qui porte à confondre le fait de ne pas bouger et celui de se maintenir, alors que, ne rien faire, équivaut à se maintenir, mais cela est coûteux en énergie et à long terme conduira à un effondrement. Celui qui n’accepte pas le temps qui passe, qui est  psychorigide ou parfois seulement cartésien , celui qui veut  "gérer"(contrôler) le temps sera plus victime d'un enfermement dans un deuil pathologique.

 

Bien des douleurs sont insurmontables.

Le deuil à faire après un accident; il y a un avant et un après la blessure, le handicap. On transfert les pulsions de vie tangibles de l’avant trauma comme un ancrage, afin de les déplacer sur l’après. La volonté à jouir de la vie est toujours là, dans le côté animal pulsionnel de l'instinct de conservation.

Ne pas faire le deuil de ce que l'individu était avant : il n'est pas question d'abandonner sa nature même, puisque justement c'est là que se trouve le réservoir de pulsion de vie!

Oui il ne sera plus jamais comme avant, puisque l'expérience l'a transformé et il existe maintenant, ici, quand même.

 

Le cas de la perte d'un enfant est un deuil des plus difficile.

Il y a des cas ou le processus sera extrêmement douloureux car il touche à la relation d'attachement archaïque mère/enfant. Si l'enfant était reconnu comme une réparation symbolique, sa perte sera à la fois la perte de cet être cher et la perte d'une possible réparation.

Dans l'absence de reconnaissance lorsque l’enfant est mort né, l’énergie psychique de la mère est totalement séquestrée dans l'inconscient.

L'avortement à l’adolescence  lorsque la mère n’est pas en capacité à gérer l’éloignement ni la séparation, étant elle même confrontée à des questions existentielles va marqué la femme dans son unité psychique.

 

Parfois, le deuil a été envisagé et pour autant,le travail n’a pas été fait. Pas mal de temps est passé et un phénomène de perte se met  en place, une proportion démesurée de la perte, un retrait, une souffrance, une crise d’angoisse, un retour régulier de la perte de l’objet, un traumatisme suffisamment important pour empêcher l’individu de bien fonctionner.

Envisager une psychothérapie analytique, afin de maintenir l’élément de soutien dans le présent et un travail pour revenir à la perte d’un objet , parfois quatre ans, en arrière. Il sera utile d'identifier la perte, de la positionner dans un réel afin de conduire le réengagement de l'activité pulsionnelle. Travailler sur une ouverture vers l'avenir, que le psy n’a plus qu’à intensifier.

L'art peut permettre une décharge de la pulsion morbide et réengager la pulsion de vie via la créativité.

 

 

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